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MEGOTS
Recherche & Sciences 2026
Une fois abandonné, un mégot de cigarette va mettre dix ans à
s'éteindre
En apparence, il s’effrite et finit par disparaître sous nos yeux. En réalité, le mégot abandonné sur le bitume enclenche une longue et insidieuse réaction en chaîne. Une étude marquante publiée dans Environmental Pollution par le chercheur Giuliano Bonanomi et son équipe a suivi le devenir de ces filtres sur dix ans. Leur constat est sans appel : loin de se dissoudre poliment dans la nature, la cigarette usagée empoisonne son environnement en plusieurs actes

ETUDE : Università degli Studi di Napoli Federico II
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La décomposition à long terme des mégots de cigarettes sur une période de 10 ans révèle des transformations microbiennes, chimiques et toxicologiques à plusieurs étapes.
Par Champ d'actions
Publié le 27/03/2026
Acte I : Le choc chimique immédiat
Tout commence dès les premières gouttes de pluie. Au premier contact avec l'eau, le mégot se comporte comme un sachet de thé de l'enfer. En quelques heures à peine, il relargue sa « soupe » initiale : une décharge concentrée de nicotine, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et de métaux lourds (cadmium, plomb, arsenic).
Pour la faune aquatique des petits cours d'eau ou des réseaux pluviaux, ce premier bain est le plus brutal. Cette phase de lixiviation fulgurante libère la majorité des composés solubles les plus toxiques à court terme, foudroyant micro-crustacés et micro-organismes locaux.
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Acte II : L’illusion de la biodégradation
Une fois débarrassé de son venin le plus soluble, le filtre semble entamer une lente décomposition. C’est là que le piège se referme. Le filtre est composé d’acétate de cellulose, un plastique synthétique dérivé du bois. Pour que des bactéries ou des champignons puissent digérer ce carbone, ils ont impérativement besoin d'azote.
C'est le point clé mis en évidence par l'équipe de Bonanomi : le filtre offre un rapport carbone/azote extrêmement déséquilibré. Les micro-organismes, privés d'azote se retrouvent incapables de décomposer la structure. Le mégot ne pourrit pas au sens biologique du terme : il starved (affame) la microfaune qui tente de le consommer et stoppe net tout processus naturel d'assimilation
L'incapable décomposition naturelle

Acte III : La déferlante invisible des microplastiques
Ne pouvant pas être digéré par la biologie, le mégot subit l'assaut des éléments mécaniques : le soleil, le gel, le piétinement, le frottement de l'eau. Au fil des années, l'acétate de cellulose se fragmente en milliards de fibres invisibles à l'œil nu.
Mais ces micro et nanoplastiques ne sont pas neutres. Ils restent imbibés des polluants résiduels piégés au cœur de la matrice du filtre lors de la combustion. Libérées dans les sols et les sédiments pendant une décennie, ces micro-particules toxiques sont ingérées par les vers de terre, la faune benthique et les poissons, faisant remonter la contamination le long de la chaîne alimentaire.
Ce qu'il faut retenir pour notre environnement
La leçon de l'étude : Un mégot qui « disparaît » visuellement en quelques mois n'a pas été éliminé. Il s'est simplement divisé en une armée de nanoplastiques toxiques capables de persister et de circuler dans les écosystèmes pendant plus de dix ans.
Source : Bonanomi et al., « Long-term decomposition and toxic dynamics of cigarette butts in the environment », Environmental Pollution.
Source : Bonanomi et al., « Long-term decomposition and toxic dynamics of cigarette butts in the environment », Environmental Pollution, 10/03/2026
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